
Kisangani sous les eaux : une pluie torrentielle sème désolation et colère
La ville de Kisangani, capitale de la province de la Tshopo, s’est réveillée le matin de ce jeudi 10 juillet 2025 sous les stigmates d’une averse d’une rare intensité. Tombée sans discontinuer ou presque de 2 heures à 22 heures le mercredi 9 juillet 2025, cette pluie torrentielle a provoqué d’importants dégâts matériels, bouleversé le quotidien des habitants et mis en lumière les failles criantes de la gestion urbaine de cette grande ville du nord-est de la République démocratique du Congo.
Une ville paralysée, des familles sans abri
Dès les premières heures du matin, certaines rues de Kisangani, surtout dans les quartiers périphériques, ressemblaient davantage à des canaux qu’à des voies de circulation. L’eau, accumulée faute de drainage efficace, a envahi plusieurs grandes artères, coupant les principales avenues et rendant la circulation quasiment impossible. Des motos-taxis, principal moyen de transport pour nombre d’habitants, ont été contraints de rebrousser chemin à la recherche des détours, ou de risquer la traversée de véritables rivières urbaines au péril de leur sécurité.
Mais le plus dramatique reste sans conteste la situation des habitations. De nombreuses maisons, notamment celles construites en matériaux précaires ou situées dans des zones à risque, se sont tout simplement effondrées ou se sont retrouvées inondées. Des familles entières, surprises en pleine nuit par la montée des eaux, ont dû fuir précipitamment, emportant ce qu’elles pouvaient sauver, parfois juste l’essentiel : quelques vêtements, des documents, des enfants dans les bras.
À Cité Pilote, dans la commune de Kabondo, l’une des zones les plus touchées, les scènes sont poignantes.
« Tout s’est effondré. Le toit s’est affaissé sous le poids de la pluie. On n’a même pas eu le temps de prendre nos affaires », raconte une mère de famille, visiblement épuisée après une nuit blanche passée sous la pluie. Elle et ses quatre enfants dorment désormais à la belle étoile, sur un matelas détrempé, à même le sol. Non loin d’elle, d’autres sinistrés tentent tant bien que mal de s’organiser, faute d’un quelconque soutien des autorités jusqu’à présent.
Une urbanisation anarchique mise en cause
Cette énième catastrophe météorologique met en lumière les carences structurelles qui gangrènent l’urbanisation de Kisangani. La ville, en expansion rapide ces dernières décennies, a vu naître de nombreux quartiers sans qu’aucune planification rigoureuse n’accompagne leur développement. « Il n’y a jamais eu de véritables études d’urbanisme. Les gens construisent là où ils peuvent, souvent sur des zones inondables, des marécages ou des berges instables », déplore un architecte urbaniste de la ville, qui préfère garder l’anonymat.
Conséquence directe : lors des fortes pluies, comme celles de mercredi ou encore de dimanche dernier, les dégâts sont quasi inévitables. Certaines zones, comme les bords de Djubudjubu, ou de Kabondo, subissent en plus les remontées brutales de la nappe phréatique. Là, ce ne sont pas les eaux de ruissellement, mais bien les infiltrations souterraines qui inondent les maisons, transformant les pièces en véritables mares. « On ne peut rien faire. L’eau monte par le sol. Même si on bouche les portes, elle sort du carrelage », témoigne un habitant de la cité Pilote.
Des conséquences sanitaires à craindre
Au-delà des pertes matérielles, la situation fait craindre une crise sanitaire imminente. Les eaux stagnantes, les latrines inondées, les déchets emportés par les crues, tout concourt à créer un environnement propice à la prolifération de maladies hydriques : choléra (qui sévit déjà dans certains coins de la province), dysenterie, typhoïde. Les enfants, les personnes âgées et les malades chroniques sont particulièrement exposés.
Les familles sinistrées subissent en silence leur triste, car sur le terrain, les secours peinent à arriver. Aucune mesure d’urgence officielle n’a encore été annoncée, et les familles sinistrées réclament à cor et à cri une assistance.
La colère gronde chez les sinistrés
Un sentiment d’isolement et d’indifférence anime les sinistrés, qui ne savent à quel saint se vouer.
Face à ces drames à répétition, les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’une réforme en profondeur.
Il est impératif de repenser l’urbanisation de Kisangani, de renforcer les infrastructures de drainage, de contrôler les constructions anarchiques, et surtout, de développer une politique de gestion des risques climatiques adaptée à la réalité locale.
Pour les sinistrés, chaque jour passé sans aide est un jour de plus dans la souffrance. Et avec la saison des pluies qui bat son plein, beaucoup redoutent que le pire soit encore à venir.
Une ville sous l’eau, une population en détresse, et des questions sans réponse. Kisangani, en ce mois de juillet 2025, illustre à elle seule les conséquences du changement climatique, de l’urbanisation incontrôlée. Pendant que les pluies tombent, les habitants, eux, attendent.
Vincent BARUANI
Rédaction
+243852402006
