ÉDITORIAL — 1,8 MILLION USD DE LA ROUTE KISANGANI–UBUNDU : MONSIEUR LE DÉPUTÉ, SUIVEZ L’ARGENT AVANT DE CHERCHER UN COUPABLE

ÉDITORIAL — 1,8 MILLION USD DE LA ROUTE KISANGANI–UBUNDU : MONSIEUR LE DÉPUTÉ, SUIVEZ L’ARGENT AVANT DE CHERCHER UN COUPABLE

Éditorial

Il y a une différence fondamentale entre chercher la vérité et chercher les éléments susceptibles de confirmer une accusation déjà construite. Dans l’affaire des 1,8 million de dollars américains annoncés pour la réhabilitation de la route Kisangani–Ubundu, cette distinction mérite d’être rappelée au député national Fontaine Mangala.

L’élu annonce son intention de saisir, à la rentrée parlementaire de septembre, le Bureau de l’Assemblée nationale afin d’obtenir une enquête sur l’affectation et l’utilisation de cette enveloppe. L’initiative est légitime. Le contrôle de l’utilisation des ressources publiques relève pleinement des prérogatives parlementaires.

Mais une enquête digne de ce nom ne doit avoir ni coupable prédéfini ni conclusion écrite à l’avance.

Elle doit commencer par l’argent.

Si les 1,8 million USD ont effectivement été décaissés par le Gouvernement central, alors les documents existent. Un décaissement public ne se fait pas dans l’ombre. Il s’inscrit dans une chaîne administrative et financière : engagement, liquidation, ordonnancement, paiement, transfert et, éventuellement, exécution des travaux.

Il faut donc poser les questions qui fâchent peut-être, mais qui permettent d’établir les faits : à quelle date les fonds ont-ils été décaissés ? Par quel ministère ? Sur quelle ligne budgétaire ? Au profit de quelle structure ? Sur quel compte ? Pour quelle entreprise ? Dans le cadre de quel marché ? Qui a ordonné le paiement ? Qui a réceptionné les fonds ? Et quel montant a réellement été transféré ?

Voilà ce que signifie suivre l’argent.

Car le véritable enjeu n’est pas de produire rapidement un responsable à présenter à l’opinion. L’enjeu est de déterminer avec précision le parcours des fonds publics.

Une autre question fondamentale s’impose alors : quelle preuve établit que le gouverneur de la Tshopo aurait reçu, géré ou administré personnellement cette somme ?

S’il existe une telle preuve, qu’elle soit produite. Si elle n’existe pas encore, alors elle doit être recherchée dans le cadre de l’enquête.

C’est précisément là que réside la différence entre une investigation sérieuse et un procès politique. On ne peut pas partir d’un montant annoncé, désigner une personnalité, puis chercher ensuite les éléments susceptibles de justifier cette désignation.

La procédure doit fonctionner dans l’autre sens : les faits d’abord, les preuves ensuite, les responsabilités enfin.

Le député national dispose d’ailleurs des instruments nécessaires pour mener ce travail. L’article 138 de la Constitution de la République démocratique du Congo prévoit plusieurs mécanismes de contrôle parlementaire, notamment les questions orale et écrite, la question d’actualité, l’interpellation, la commission d’enquête et l’audition par les commissions.

Il serait donc plus utile de transformer les vacances parlementaires en véritable période d’investigation.

Que le député rassemble les pièces disponibles. Qu’il rencontre les services compétents. Qu’il interroge les responsables concernés. Qu’il consulte les documents relatifs au marché. Qu’il se rende sur la route Kisangani–Ubundu pour constater l’état réel des travaux. Qu’il recueille les témoignages des populations riveraines.

Et surtout, qu’il constitue un dossier documenté : dates, montants, références budgétaires, contrats, bénéficiaires, ordres de paiement, preuves de transfert, décomptes et niveau d’exécution des travaux.

À la reprise des travaux parlementaires, le 15 septembre, il pourra alors présenter des éléments suffisamment solides pour justifier, le cas échéant, une commission d’enquête.

Et si cette enquête démontre l’existence d’un détournement, d’une mauvaise gestion ou de toute autre irrégularité, que les responsables répondent de leurs actes devant les institutions compétentes.

Personne ne doit être au-dessus de la loi.

Mais cette exigence doit fonctionner dans les deux sens : personne ne doit non plus être déclaré coupable avant que les faits ne soient établis.

Le contrôle parlementaire n’est pas une arme de règlement de comptes. Il est un instrument de transparence, de redevabilité et de protection de l’intérêt public.

La route Kisangani–Ubundu mérite mieux qu’une bataille de déclarations. Elle mérite que chaque dollar destiné à sa réhabilitation soit retracé et que chaque responsabilité soit établie sur la base de preuves vérifiables.

Alors, Monsieur le député, si vous affirmez vouloir rechercher la vérité, allons jusqu’au bout de cette logique.

Ne cherchez pas d’abord une tête. Cherchez les pièces.

Suivez le décaissement.
Suivez le compte.
Suivez le transfert.
Suivez le marché.
Suivez les travaux.

Et seulement au bout de cette chaîne, s’il y a une infraction, donnez-nous le nom du responsable et les preuves qui l’établissent.

C’est ainsi que le contrôle parlementaire gagnera en crédibilité.

C’est ainsi que la vérité pourra triompher des soupçons.

Et c’est surtout ainsi que la République sera véritablement servie.

Pas de coupable avant l’enquête. Pas de conclusion avant les preuves. Suivons l’argent.

Rédaction
+243852402006

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