Tshopo : les ingénieurs appelés à faire de l’entrepreneuriat un levier de développement

Tshopo : les ingénieurs appelés à faire de l’entrepreneuriat un levier de développement

L’Association des ingénieurs constructeurs de la province de la Tshopo (AICPT) a organisé, le dimanche 29 août 2026, une conférence-débat consacrée à l’entrepreneuriat. Tenue à l’Alliance française de Kisangani, cette rencontre a réuni plusieurs ingénieurs membres de la structure autour des opportunités, défis et perspectives liés à l’entrepreneuriat en République démocratique du Congo.

Présidée par l’ingénieur Fiston Mabele, l’activité visait notamment à renforcer les capacités des ingénieurs et à les encourager à transformer leurs compétences techniques en véritables opportunités entrepreneuriales.

Dans son mot d’ouverture, le président de l’AICPT a souhaité la bienvenue aux participants avant de présenter sa structure et les objectifs poursuivis à travers cette conférence-débat.

Senold Tandia : « Les Congolais doivent devenir acteurs de leur propre développement »

Invité à intervenir au cours de cette rencontre, le député provincial Senold Tandia Akoboyo a axé son exposé sur le thème : « L’entrepreneuriat comme moteur de l’émergence en République démocratique du Congo ».

Pour l’élu provincial, l’entrepreneuriat constitue l’un des principaux leviers susceptibles de permettre à la RDC d’amorcer une véritable transformation économique et sociale.

« C’est par l’entrepreneuriat, c’est par la production des biens et services locaux que nous, les Congolais, allons nous développer », a-t-il souligné.

Senold Tandia a appelé les Congolais à ne plus être de simples consommateurs, mais à devenir davantage acteurs de leur propre développement à travers la création d’entreprises, la production locale et la valorisation des compétences nationales.

Infrastructures et énergie : des conditions indispensables

Le député provincial a également insisté sur la nécessité d’améliorer l’environnement économique dans lequel évoluent les entrepreneurs.

Selon lui, le développement des infrastructures, notamment les routes, les voies de communication et l’accès à l’énergie, demeure indispensable à la croissance des entreprises.

Ces infrastructures permettent aux opérateurs économiques de produire dans de meilleures conditions, d’acheminer leurs marchandises et d’accéder aux différents marchés.

L’élu de Kisangani a par ailleurs plaidé pour l’amélioration du climat des affaires ainsi que pour l’application effective des lois et textes destinés à encourager l’initiative privée.

Le financement, un défi majeur pour les entrepreneurs

L’accès au financement figure également parmi les difficultés majeures qui freinent l’éclosion de nombreuses entreprises congolaises.

Senold Tandia a appelé à la mise en œuvre effective des mécanismes de garantie permettant aux entrepreneurs d’accéder plus facilement au crédit, notamment à travers le Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo (FOGEC).

Mais la responsabilité ne revient pas uniquement à l’État, estime-t-il. Les entrepreneurs doivent eux aussi renforcer leurs capacités, formaliser leurs entreprises et améliorer leur crédibilité financière afin de pouvoir accéder aux différentes opportunités de financement.

Marchés publics : appel à la transparence

La question de l’accès aux marchés publics a également occupé une place importante dans l’intervention du député provincial.

En tant qu’élu, Senold Tandia Akoboyo a exprimé sa volonté de défendre les intérêts des entrepreneurs, particulièrement ceux qui évoluent dans le secteur de la construction.

Il a notamment plaidé pour la transparence dans l’attribution des marchés publics et pour la lutte contre le clientélisme.

« Nous allons œuvrer pour la transparence du processus, pour l’égalité de traitement », a-t-il déclaré.

Pour lui, le recours aux appels d’offres doit permettre de garantir une concurrence saine entre les opérateurs économiques et d’offrir les mêmes chances aux entreprises congolaises.

L’objectif, a-t-il expliqué, est également de faire en sorte que les marchés financés par les pouvoirs publics profitent davantage à l’expertise nationale et aux entreprises locales.

Ir Mathieu Sengi : l’ingénieur doit être à la fois expert et entrepreneur

De son côté, Ir Mathieu Sengi a développé une réflexion autour du lien entre l’entrepreneuriat et les métiers.

Selon lui, il est difficile de devenir un entrepreneur performant sans disposer d’un métier ou d’une compétence professionnelle. À l’inverse, la maîtrise d’un métier doit être accompagnée d’une capacité à l’exercer dans une démarche entrepreneuriale.

« L’entrepreneuriat et les métiers doivent donc aller de pair », a-t-il expliqué.

Il a également mis en avant le rôle de la créativité, qu’il considère comme un élément essentiel de l’entrepreneuriat et de l’émergence nationale.

Pour Mathieu Sengi, l’ingénieur est non seulement un professionnel technique, mais également un acteur indispensable au fonctionnement et au développement de la société.

Il l’a ainsi présenté comme un « médecin de la société », appelé à apporter des solutions aux différents problèmes auxquels celle-ci est confrontée.

D’où la nécessité, selon lui, de mieux outiller les ingénieurs afin qu’ils deviennent à la fois des experts, des professionnels compétents et des entrepreneurs capables de créer de la richesse et des emplois.

Neuf problèmes, neuf pistes de solutions

Intervenant sur le thème « Entrepreneuriat : problèmes et solutions idoines », le professeur Bernard Lifindiki Kasa a, pour sa part, identifié neuf principaux problèmes auxquels sont confrontés les entrepreneurs.

Parmi les difficultés évoquées figurent notamment l’accès au financement, la fiscalité, les compétences professionnelles et les contraintes liées à l’environnement entrepreneurial.

À chacun de ces problèmes, le professeur a proposé des pistes de solutions et des démarches susceptibles d’aider les entrepreneurs à mieux surmonter les obstacles auxquels ils sont confrontés.

Il a notamment insisté sur l’importance de la maîtrise du numérique. À l’en croire, un ingénieur qui ne maîtrise pas les outils numériques risque d’être moins performant dans un environnement professionnel où de nombreuses activités reposent désormais sur les technologies digitales.

Créer une entreprise à Kisangani en trois jours : le rôle du guichet unique

Le professeur Bernard Lifindiki Kasa a également rappelé que l’entrepreneuriat peut être exercé aussi bien par une personne physique que par une personne morale.

Il a indiqué que les deux procédures de création d’entreprise sont disponibles à Kisangani à travers le Guichet unique de création d’entreprise.

Selon lui, le recours à ce mécanisme permet de simplifier considérablement les démarches administratives. La création d’une entreprise peut, dans ce cadre, être réalisée dans un délai de trois jours, contrairement aux procédures effectuées en dehors du guichet unique, qui peuvent prendre davantage de temps.

Il a donc encouragé les futurs entrepreneurs à privilégier cette voie afin de formaliser leurs activités et de mieux intégrer le secteur économique structuré.

Les jeunes appelés à investir dans les infrastructures

Cette conférence-débat intervient dans un contexte où la province de la Tshopo fait face à d’importants besoins en infrastructures.

Pour les intervenants, cette situation constitue également une opportunité pour les jeunes ingénieurs et autres professionnels du secteur de la construction.

Ils les encouragent à se regrouper, à mutualiser leurs compétences et à créer des entreprises capables de répondre aux nombreux besoins de la province.

« Les jeunes doivent s’impliquer, se mettre ensemble et créer des entreprises », a insisté l’un des intervenants.

À travers cette initiative, l’AICPT entend ainsi contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’ingénieurs entrepreneurs, capables de mettre leur expertise au service du développement de la Tshopo et de la République démocratique du Congo.

La rencontre aura finalement permis de mettre en lumière un même impératif : faire des compétences techniques, de la créativité et de l’entrepreneuriat des instruments au service du développement local et de l’émergence nationale.

Blaise MUSSA

Rédaction
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