RDC : le vaccin antipaludique change la donne — 4,8 millions d’enfants visés d’ici fin 2026

RDC : le vaccin antipaludique change la donne — 4,8 millions d’enfants visés d’ici fin 2026

La lutte contre le paludisme franchit un cap décisif en République démocratique du Congo. Première cause de maladie et de décès chez les enfants, cette pathologie endémique est désormais combattue avec une arme supplémentaire : le vaccin antipaludique, intégré au Programme élargi de vaccination (PEV) depuis le 31 octobre 2024. Dix-huit mois après son introduction, 22 des 26 provinces proposent déjà la vaccination de routine aux enfants âgés de 6 à 23 mois. L’objectif est ambitieux : atteindre 4,8 millions d’enfants d’ici fin 2026.

« Le vaccin antipaludique marque une avancée majeure dans notre stratégie nationale. Il vient renforcer un arsenal déjà existant, mais encore insuffisant face à l’ampleur du fléau », souligne un responsable du ministère de la Santé publique, de l’Hygiène et de la Prévention.

Un fardeau sanitaire toujours écrasant

Transmis par la piqûre nocturne du moustique anophèle, le paludisme demeure une maladie évitable et curable, mais continue de faire des ravages. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il cause environ 610 000 décès chaque année dans le monde, dont 94 % des cas et 95 % des décès sont enregistrés en Afrique. À elle seule, la RDC concentre, avec le Nigeria, près de 40 % des cas et des décès mondiaux.

Les enfants de moins de cinq ans sont les plus vulnérables. En RDC, ils représentent la moitié des cas notifiés. Le paludisme est responsable de 40 % des décès et de 77 % des hospitalisations dans cette tranche d’âge.

« Au-delà des chiffres, ce sont des vies brisées, des familles fragilisées et une économie affectée. Le paludisme reste un frein majeur au développement », rappelle un expert de santé publique.

Deux vaccins validés et prometteurs

Fruit de plusieurs décennies de recherche, notamment portées par des scientifiques africains, deux vaccins ont été préqualifiés par l’OMS : le RTS,S en 2021 et le R21 en 2023. Tous deux ciblent le Plasmodium falciparum, parasite le plus mortel et le plus répandu sur le continent.

Les projets pilotes menés entre 2019 et 2023 au Ghana, au Kenya et au Malawi ont démontré leur efficacité : baisse de 13 % de la mortalité infantile, réduction significative des formes graves, et diminution de plus de 50 % des cas durant la première année suivant la vaccination.

« Les résultats observés dans les pays pilotes confirment que ce vaccin peut sauver des milliers de vies chaque année, à condition d’être administré selon le schéma complet », insiste un partenaire technique impliqué dans le programme.

Une montée en puissance progressive

Depuis le lancement au Kongo Central en octobre 2024, la vaccination s’est étendue à plusieurs provinces. Entre mai 2025 et février 2026, de nombreuses entités ont rejoint l’initiative, notamment le Kwilu, le Kwango, l’Équateur, les provinces du Grand Nord-Ubangi, la Mongala, la Tshopo, le Maniema ou encore le Kasaï-Central.

Depuis février 2026, six nouvelles provinces ainsi que l’antenne d’Uvira (Sud-Kivu) ont intégré le dispositif. Toutefois, quatre provinces — Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Katanga et Kinshasa — restent en attente, en raison de contraintes financières.

« L’enjeu aujourd’hui n’est plus scientifique, mais financier. Les vaccins sont disponibles, mais leur déploiement dépend des ressources mobilisées », admet un acteur du système de santé.

Un calendrier vaccinal en quatre doses

Le schéma vaccinal prévoit quatre doses administrées entre 6 et 15 mois :1ʳᵉ dose à 6 mois, 2ᵉ dose à 7 mois, 3ᵉ dose à 8 mois et 4ᵉ dose à 15 mois

Chaque dose renforce la protection, mais l’efficacité optimale est atteinte après la quatrième injection.

« Il est essentiel que les parents respectent le calendrier complet. Une vaccination incomplète réduit considérablement l’efficacité du vaccin », insiste un infirmier superviseur du PEV.

Les effets secondaires restent généralement bénins : douleur au point d’injection, légère fièvre ou gonflement. Les autorités sanitaires recommandent néanmoins de consulter rapidement en cas de réaction.

Un complément, pas un substitut

Les autorités rappellent que le vaccin ne remplace pas les mesures classiques de prévention. L’utilisation de moustiquaires imprégnées, l’assainissement de l’environnement, la pulvérisation intra-domiciliaire et le traitement préventif chez la femme enceinte restent indispensables.

« Un enfant vacciné peut toujours contracter le paludisme. La vigilance reste de mise, surtout en cas de fièvre », prévient le ministère de la Santé.

Des partenaires engagés, des défis persistants

L’OMS, GAVI, l’UNICEF, PATH et d’autres partenaires accompagnent la RDC dans cette initiative. Si l’approvisionnement en vaccins est désormais suffisant, les défis financiers continuent de freiner l’extension du programme et la consolidation des acquis.

Pour le gouvernement congolais, l’introduction du vaccin représente toutefois un espoir majeur : réduire significativement la mortalité infantile, alléger la pression sur les structures sanitaires et diminuer les dépenses des ménages.

« Nous avons désormais une opportunité historique de changer le cours de cette maladie en RDC. Il nous appartient de la saisir pleinement », conclut un cadre du ministère.

Avec cette avancée, la RDC s’inscrit dans une dynamique continentale : en avril 2026, 25 pays africains proposent déjà le vaccin antipaludique, protégeant plus de 10 millions d’enfants chaque année. Une lueur d’espoir dans un combat de longue haleine.

Rédaction
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