Droits humains en RDC : le ministre Samuel Mbemba a-t-il raté sa sortie ?

Droits humains en RDC : le ministre Samuel Mbemba a-t-il raté sa sortie ?

À quelques jours de la marche annoncée par une partie de l’opposition pour le 8 juillet, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, a réuni les représentants de la majorité, de l’opposition et de la société civile afin d’échanger sur la protection des citoyens lors des manifestations publiques. Une initiative qui, sur le principe, traduit la volonté des autorités de prévenir d’éventuels débordements. Toutefois, certaines déclarations du ministre à l’issue de cette rencontre soulèvent des interrogations quant au rôle que doit jouer un ministre des Droits humains dans un contexte politique aussi sensible.

Entre prévention sécuritaire et présomption d’intention

En affirmant que le choix de manifester dans la commune de la Gombe « confirme » que les organisateurs s’apprêteraient eux-mêmes à porter atteinte à l’intégrité physique de certains manifestants afin d’en imputer la responsabilité aux forces de l’ordre, Samuel Mbemba est allé au-delà d’un simple appel à la vigilance. Une telle affirmation, formulée sans éléments rendus publics permettant d’étayer une accusation aussi grave, peut être perçue comme un jugement anticipé sur les intentions des organisateurs.

Le rôle d’un ministre des Droits humains est avant tout de veiller au respect des libertés fondamentales, notamment le droit de manifester pacifiquement, tout en œuvrant à la protection de toutes les parties concernées. Lorsque le discours officiel semble prêter des intentions criminelles à une partie prenante avant même la tenue de l’événement, il risque davantage d’alimenter les tensions que de les apaiser. La prévention ne peut être pleinement crédible que lorsqu’elle repose sur des faits objectivement établis et sur une communication empreinte de retenue et de neutralité.

Quand le débat sur les droits humains glisse vers le terrain politique

L’autre aspect marquant de cette sortie réside dans la prise de position du ministre sur le fond de la revendication de l’opposition. En estimant que la demande de démission du Président de la République n’était pas fondée au regard de l’adoption d’une loi référendaire par le Parlement, Samuel Mbemba est intervenu sur un terrain éminemment politique.

Or, la mission première du ministère des Droits humains n’est pas d’apprécier la pertinence des revendications politiques, mais de garantir que chaque citoyen puisse exprimer ses opinions dans le respect de la loi, sans craindre pour sa sécurité ni pour ses libertés fondamentales. En se prononçant sur le bien-fondé des revendications plutôt que sur les garanties offertes aux manifestants, le ministre donne l’impression de brouiller la frontière entre la défense des droits humains et la défense de la position du gouvernement.

Cette perception est susceptible d’affaiblir l’image d’impartialité qu’exige une institution chargée de protéger les droits de tous les citoyens, indépendamment de leurs convictions politiques.

La réunion de concertation constituait pourtant une occasion de renforcer la confiance entre les acteurs politiques et les institutions de l’État. Mais la communication qui l’a suivie pourrait avoir produit l’effet inverse. Dans un État de droit, la crédibilité d’un ministre des Droits humains repose non seulement sur sa volonté de prévenir les violences, mais aussi sur sa capacité à apparaître comme un garant impartial des libertés publiques. En matière de droits humains, chaque prise de parole officielle devrait contribuer à protéger à la fois les citoyens et les droits qui leur sont garantis.

Christian Matondo

Rédaction
+243852402006

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