WAVE-IFA-Yangambi impressionne les experts du ministère de l’Agriculture avec ses innovations phytosanitaires

WAVE-IFA-Yangambi impressionne les experts du ministère de l’Agriculture avec ses innovations phytosanitaires

Lors d’une mission d’évaluation du Programme d’appui à la mise en valeur durable des zones de savanes et de forêts dégradées (PSFD), une délégation du ministère national de l’Agriculture a visité, le mardi 19 mai 2026, le laboratoire de phytopathologie et de biotechnologie végétale de WAVE-IFA-Yangambi à Kisangani.

Au cœur des échanges se trouvait une recherche innovante qui valorise les savoirs locaux et ouvre la voie à des solutions biologiques visant à réduire l’usage des pesticides chimiques en République démocratique du Congo.

Conduite par M. Willy Makiadi, chef du programme PSFD, la délégation a exploré le laboratoire, situé au quartier Bateau Médical dans la commune de Makiso à Kisangani.

Cette visite s’inscrivait dans le cadre de l’évaluation des activités menées par le PSFD, en partenariat avec les chercheurs de WAVE-IFA-Yangambi, reconnu pour sa lutte contre les maladies du manioc et le développement de technologies agricoles durables.

Une recherche fondée sur les savoirs traditionnels

Guidée par le professeur Godefroid Monde, directeur pays de WAVE, et son équipe, la délégation a découvert les résultats d’une étude sur les plantes locales à propriétés pesticides. Les travaux ont porté sur les principales cultures pérennes de la région, notamment le cacao et le palmier à huile, qui représentent une source essentielle de revenus pour les communautés rurales, mais qui sont fortement exposées aux ravageurs et aux maladies.

« Le laboratoire WAVE a fixé trois objectifs : identifier les connaissances locales sur les plantes à vertus pesticides, tester scientifiquement leur efficacité en laboratoire et au champ, puis restituer les résultats aux communautés afin d’améliorer leurs pratiques agricoles », a expliqué un chercheur lors de la présentation.

44 plantes recensées, 12 déjà testées avec succès

Au cours d’une première phase, les chercheurs ont mené des enquêtes dans les axes Mangi, Ubundu et Yaselia. À travers des questionnaires et des discussions de groupe, les populations ont partagé leurs connaissances sur les plantes utilisées pour protéger les cultures et conserver les récoltes.

Au total, 44 espèces végétales ont été identifiées et soumises à validation botanique. Douze d’entre elles ont déjà fait l’objet de tests approfondis en laboratoire. Les premières expérimentations ont ciblé la chenille légionnaire, l’un des ravageurs les plus destructeurs pour les cultures. Les résultats ont démontré l’efficacité remarquable de plusieurs plantes, notamment le Neem, la Téphrosie, le Tabac et le Piment.

« Les tests ont permis de déterminer les doses létales à 50 % et 75 %, confirmant que certaines plantes locales possèdent un fort pouvoir insecticide », a précisé l’équipe scientifique.

Des fongicides et bactéricides naturels en perspective

Les recherches ont été étendues aux agents pathogènes responsables de maladies telles que la pourriture brune des cabosses de cacao et certaines bactérioses du caféier. Les scientifiques ont constaté que certaines plantes se distinguent par leur action insecticide, tandis que d’autres présentent des propriétés antifongiques et antibactériennes particulièrement prometteuses.

Des analyses phytochimiques ont révélé la présence de composés actifs tels que les terpènes, les phénols et les coumarines. « Les terpènes sont souvent associés à une forte activité insecticide, alors que les phénols jouent un rôle crucial dans la lutte contre les champignons pathogènes », ont indiqué les chercheurs.

Former les communautés pour une agriculture durable

Au-delà de la recherche, le projet a mis l’accent sur la vulgarisation scientifique. Des séances de restitution ont été organisées dans les villages avec les chefs coutumiers, les leaders communautaires, les femmes et les producteurs agricoles. Les participants ont été formés à la préparation pratique des extraits végétaux : récolte des feuilles, broyage, macération pendant 48 heures et application sur les cultures.

Ces activités ont été réalisées en collaboration avec les groupements encadrés par le PSFD, notamment autour des pépinières villageoises. Une formation spécifique de trois jours a également été dispensée aux techniciens de terrain du programme afin de renforcer leurs capacités et de faciliter l’accompagnement des producteurs.

« Sans la recherche, l’industrie du manioc n’existera jamais », a déclaré le professeur Mobula Victor. Il a souligné l’importance stratégique de la recherche phytopathologique pour l’avenir de l’agriculture congolaise, saluant l’engagement de son équipe et les encourageant à poursuivre leurs efforts. « L’avenir du manioc et de la sécurité alimentaire en République démocratique du Congo dépend de notre capacité à produire des solutions scientifiques adaptées à nos réalités », a-t-il affirmé.

Une innovation au service de la souveraineté alimentaire

En valorisant les savoirs traditionnels, en démontrant scientifiquement l’efficacité de plusieurs plantes locales et en transférant ces connaissances aux communautés rurales, WAVE-IFA-Yangambi contribue de manière significative au développement d’une agriculture plus durable, accessible et respectueuse de l’environnement.

Cette visite de la délégation du ministère de l’Agriculture illustre l’intérêt croissant des pouvoirs publics pour des innovations capables de renforcer la productivité agricole, de réduire la dépendance aux pesticides chimiques et de consolider la sécurité alimentaire en République démocratique du Congo.

Blaise MUSSA

Rédaction
+243852402006

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