Tshopo : une thèse met en lumière les enjeux de l’adoption des variétés de manioc résistantes aux maladies virales

Tshopo : une thèse met en lumière les enjeux de l’adoption des variétés de manioc résistantes aux maladies virales

L’adoption des variétés de manioc résistantes aux maladies virales s’impose comme un enjeu majeur pour l’amélioration de la productivité agricole et des conditions de vie des petits producteurs dans la province de la Tshopo. Cette problématique était au centre de la soutenance publique de thèse de doctorat présentée jeudi 20 août 2026 par le Chef de travaux Bokana Batanyami Nathan, en sciences agronomiques, département de l’économie agricole.

Intitulée « Adoption des variétés de manioc résistantes aux maladies virales : des connaissances phytosanitaires aux performances agroéconomiques chez les petits producteurs de la Tshopo (RDC) », cette recherche analyse les facteurs qui influencent l’adoption des variétés résistantes ainsi que leurs effets sur les performances agricoles et économiques des ménages producteurs.

Les maladies virales, un défi pour la production

La recherche s’est notamment intéressée à deux maladies qui affectent fortement la culture du manioc : la maladie de la mosaïque du manioc (CMD) et la maladie de la striure brune du manioc (CBSD).

Selon les résultats présentés, ces maladies constituent une contrainte importante pour la production, dans un contexte où les connaissances phytosanitaires des petits producteurs restent encore insuffisantes. La maîtrise des techniques d’identification, de prévention et de lutte contre ces pathologies apparaît ainsi comme un élément essentiel pour améliorer durablement la production.

Le capital humain, un facteur déterminant

L’un des principaux enseignements de cette étude concerne le rôle du capital humain dans l’adoption des innovations agricoles.

La formation technique, le niveau d’instruction, l’expérience des producteurs ainsi que la taille du ménage figurent parmi les facteurs qui influencent la capacité des exploitants à adopter les variétés de manioc résistantes aux maladies virales.

La thèse met également en évidence une relation positive entre l’utilisation de ces variétés et les performances productives. Les producteurs qui y ont recours obtiennent de meilleurs résultats de production, avec un effet positif également observé sur leur niveau d’actifs économiques.

L’innovation variétale apparaît donc non seulement comme une réponse aux contraintes phytosanitaires, mais aussi comme un levier susceptible de contribuer à l’amélioration du patrimoine économique des ménages agricoles.

Un travail issu de l’expertise du laboratoire WAVE-IFA-Yangambi

La réalisation de cette recherche s’inscrit également dans un parcours scientifique fortement lié aux travaux menés au sein du laboratoire de phytopathologie et de biotechnologie végétale de WAVE-IFA-Yangambi.

Le Chef de travaux Bokana Batanyami Nathan est présenté comme un produit de ce cadre scientifique, qui lui a permis de développer ses connaissances et son expertise autour des maladies des plantes, de la phytopathologie et des innovations liées à la santé végétale.

C’est notamment grâce à l’environnement scientifique offert par ce laboratoire que le chercheur a pu approfondir ses travaux et aboutir à cette recherche consacrée aux variétés de manioc résistantes aux maladies virales, jusqu’à leur défense publique.

Cette dimension confère à la thèse une portée particulière pour la recherche agronomique dans la Tshopo, en mettant en avant l’importance des infrastructures scientifiques locales dans la production des connaissances susceptibles de répondre aux défis auxquels sont confrontés les agriculteurs.

De la résistance des variétés à l’amélioration des conditions économiques

L’originalité de l’étude réside également dans son approche intégrée. Elle ne s’est pas limitée à mesurer la connaissance des maladies ou le niveau d’adoption des variétés résistantes. Elle a cherché à établir le lien entre connaissances phytosanitaires, adoption, productivité et accumulation d’actifs économiques.

Les résultats présentés ouvrent ainsi une réflexion plus large sur la manière dont les innovations agricoles peuvent contribuer au développement économique des petits producteurs.

Pour la Tshopo, où le manioc occupe une place importante dans les systèmes de production et dans l’alimentation des ménages, l’amélioration de l’accès aux variétés saines et résistantes pourrait constituer un enjeu stratégique.

La vulgarisation agricole et l’accès aux semences au cœur des recommandations

Face aux résultats obtenus, la thèse recommande notamment le renforcement de la formation phytosanitaire et des services de vulgarisation agricole.

Elle préconise également une meilleure disponibilité du matériel végétal sain ainsi que des systèmes semenciers capables de faciliter l’accès des producteurs aux variétés résistantes.

L’étude insiste par ailleurs sur la nécessité de prendre en compte les préférences des agriculteurs dans les programmes de diffusion des innovations. Pour le chercheur, l’adoption durable d’une nouvelle variété ne dépend pas uniquement de sa résistance aux maladies, mais également de son adéquation aux besoins et aux réalités des producteurs.

Des perspectives pour la sécurité alimentaire et la résilience

La recherche ouvre enfin plusieurs pistes pour les travaux futurs. Il s’agit notamment d’évaluer, sur le long terme, les effets de l’adoption des variétés résistantes sur les revenus des ménages, la sécurité alimentaire et leur capacité de résilience face aux différents chocs qui affectent le secteur agricole.

Le recours à des données longitudinales permettrait également de mieux mesurer les effets durables de l’adoption de ces innovations et d’apprécier leur contribution au développement économique des petits exploitants.

À travers cette thèse, Bokana Batanyami Nathan apporte ainsi une contribution au débat sur l’avenir de la production du manioc dans la Tshopo. Ses travaux mettent en évidence la nécessité de rapprocher la recherche scientifique, la vulgarisation agricole et les producteurs afin de transformer les innovations phytosanitaires en véritables opportunités de développement rural.

La soutenance du 20 août 2026 marque, à cet égard, une étape importante pour la recherche agronomique locale et illustre le rôle que peuvent jouer des laboratoires comme celui de phytopathologie et de biotechnologie végétale de WAVE-IFA-Yangambi dans la formation des chercheurs et la production de solutions adaptées aux réalités agricoles de la Tshopo.

Blaise MUSSA

Rédaction
+243852402006

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