
RDC : référendum, dialogue et préalables : « Le président de la République ne peut pas se comporter en potentat », estime l’analyste politique Marie-Paul Awa Kendewa
La loi sur le référendum, le projet de changement de la Constitution, la contestation de l’opposition, ainsi que le dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État sont au cœur du climat politique actuel en République démocratique du Congo (RDC).
Alors que l’opposition et certains mouvements citoyens contestent le projet de modification de la Constitution et les préalables fixés pour la tenue du dialogue, le comité chargé de son organisation suscite de nombreuses réactions au sein de la classe politique et de la société civile.
Le mouvement Sauvons la RDC et la coalition C64 contestent notamment le format proposé pour ces assises, qu’ils considèrent comme un dialogue voulu et organisé selon les orientations du président Félix-Antoine Tshisekedi.
Pour l’analyste politique et enseignant-chercheur en relations internationales, Marie-Paul Awa Kendewa, le président de la République ne devrait pas être seul à définir les règles devant encadrer ce dialogue.
« Il y a des préalables sur lesquels il faut se mettre d’accord par rapport à tous les protagonistes. L’antagonisme dont il est question, c’est tout simplement la recherche du pouvoir. Devant cette conflictualité, le président de la République ne doit pas se comporter en “potentat” qui doit lui-même définir les règles du jeu, non », estime-t-elle.
Selon cette analyste, certains éléments du processus de dialogue ne relèvent pas exclusivement du pouvoir du chef de l’État. Les différentes parties prenantes devraient donc, selon elle, participer à la définition des conditions devant permettre l’ouverture de discussions crédibles.
« Ce sont les protagonistes qui vont, bien évidemment, en tenant compte des intérêts des uns et des autres, définir les préalables. C’est au terme de cela que le dialogue peut aboutir à une solution mutuellement acceptable », soutient Marie-Paul Awa Kendewa.
Elle estime par ailleurs que si le président de la République se positionne comme le seul maître des règles du jeu, le processus risque de ne pas produire les effets escomptés.
« Si le président se comporte comme un maître des règles du jeu, on ne va pas aboutir à un dialogue qui va produire les effets escomptés. Et l’inclusivité va poser problème », affirme-t-elle.
L’exclusion des groupes armés, un autre point de controverse
L’analyste politique estime également que l’exclusion des Congolais ayant pris les armes de ce processus pourrait davantage compliquer la situation.
Elle rappelle que certains anciens groupes rebelles ont, par le passé, pris les armes contre l’État congolais avant que certains de leurs membres ne se retrouvent, plus tard, au sein des institutions de la République.
Pour Marie-Paul Awa Kendewa, il est donc nécessaire de comprendre les motivations de ceux qui ont recours aux armes et de rechercher les moyens de mettre durablement fin à ce mode de règlement des conflits.
« Pour ceux qui ont pris les armes, il est question de savoir quelles sont leurs motivations et de chercher comment mettre fin à ce mode de recours à la violence », explique-t-elle.
Elle considère que l’exclusion de certains acteurs impliqués dans la crise sécuritaire pourrait également accentuer les tensions et nourrir le risque de fragmentation du pays.
Dans cette perspective, elle appelle le président de la République à engager des discussions avec les différents protagonistes de la crise afin d’identifier les causes profondes de leurs antagonismes.
« Il faudrait que le président de la République se mette autour d’une table avec tous ces rebelles, discute de leurs antagonismes et se rende compte qu’il est lui-même aussi un problème », estime l’analyste.
Format, participants et sujets : des préalables à définir
Pour Marie-Paul Awa Kendewa, plusieurs questions devraient être réglées avant l’ouverture effective du dialogue, notamment la définition du cadre des assises, la place de chaque partie prenante et les problèmes qui devront être inscrits à l’ordre du jour.
Elle estime que toutes les parties devraient parvenir à un accord sur ces différents paramètres afin de garantir la crédibilité et l’inclusivité du processus.
Selon elle, l’exclusion de certains acteurs pourrait, au contraire, favoriser une radicalisation de la situation.
« Le dialogue sera juste une messe autour du président ou les gens vont recevoir les jetons de présence », prévient-elle, mettant ainsi en garde contre un dialogue qui ne réunirait pas toutes les sensibilités concernées par la crise.
Martin Fayulu évoque également le risque de balkanisation
La question de l’inclusivité du dialogue est également soulevée par l’opposition. Le président de l’ECiDé, Martin Fayulu, estime que les acteurs impliqués dans les conflits armés doivent être associés aux discussions visant à restaurer la paix et l’intégrité territoriale du pays.
« L’armée n’arrive pas à récupérer les terres. Si vous n’associez pas ceux qui font la guerre à ce dialogue, vous balkanisez le pays », a-t-il déclaré.
Dans ce contexte marqué par les débats autour du référendum, de la Constitution et du dialogue national, la question de savoir qui doit participer aux discussions, dans quel cadre et avec quels préalables demeure au centre des divergences entre le pouvoir, l’opposition et les autres forces politiques et sociales.
Vincent MASHAURI
Rédaction
+243852402006
