
Tshopo : Lorsque le contrôle parlementaire se mue en un instrument de chantage politique et d’instabilité chronique. Le président de la république met en garde
Il y a des mots qui résonnent comme des mises en garde. Ceux prononcés par Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo lors de la 13ᵉ conférence des gouverneurs à Bandundu appartiennent à cette catégorie. En rappelant que le contrôle parlementaire « ne peut devenir un instrument de chantage politique ni d’instabilité chronique », le chef de l’État n’a pas seulement énoncé un principe.
Il a, en filigrane, dressé le portrait d’une dérive bien réelle. Et s’il s’est abstenu de désigner explicitement des responsables, les observateurs avertis savent que la Tshopo constitue aujourd’hui un cas d’école.
Dans une démocratie fonctionnelle, le contrôle parlementaire est un mécanisme d’équilibre. Il garantit la redevabilité de l’Exécutif et protège l’intérêt général. Mais à la Tshopo, ce mécanisme semble avoir été vidé de sa substance pour être reconverti en outil de pression politique.
Sous l’impulsion du président de l’Assemblée provinciale, ce qui devrait relever de la régulation institutionnelle s’apparente désormais à une stratégie d’asphyxie méthodique du pouvoir exécutif.
Les faits sont accablants. Une motion de défiance, ayant conduit à la déchéance du gouverneur, a été engagée dans un climat de tension extrême, avant d’être invalidée par la Cour constitutionnelle.
Ce premier revers n’a pourtant pas marqué un retour à la raison institutionnelle. Bien au contraire, il a ouvert la voie à une nouvelle séquence d’hostilités : mise en accusation devant la Cour de cassation, activation du parquet général, et multiplication d’initiatives procédurales visant à maintenir le gouverneur sous pression constante.
Plus préoccupant encore est le contournement manifeste des règles parlementaires. Alors que l’Assemblée provinciale était en vacances, son bureau s’est arrogé les prérogatives d’une commission d’enquête pour autoriser des poursuites judiciaires.
Une telle démarche soulève des interrogations sérieuses quant au respect des procédures et à la séparation des pouvoirs. Elle traduit surtout une volonté d’agir en dehors des cadres institutionnels classiques, comme si l’urgence politique justifiait toutes les entorses au droit.
Mais au-delà des manœuvres visibles, c’est la logique sous-jacente qui interpelle. Car l’analyse des négociations intervenues entre l’Exécutif et le bureau de l’Assemblée provinciale révèle une réalité troublante : l’acharnement contre le gouverneur n’aurait pas été motivé par des considérations de gouvernance ou d’intérêt public, mais par des revendications d’ordre personnel et politique.
L’acte d’engagement issu de cette médiation est, à cet égard, révélateur. Il prévoit notamment la nomination de trois députés provinciaux proches du président de l’Assemblée à des postes ministériels, ainsi que l’intégration, au sein de l’administration provinciale, des suppléants de députés ayant soutenu la motion de défiance.
Autrement dit, le bras de fer institutionnel débouche sur une redistribution de postes et d’avantages, donnant l’impression que le contrôle parlementaire a été utilisé comme levier de négociation.
Cette dérive pose un problème fondamental : celui de la finalité de l’action publique. Lorsque les institutions sont instrumentalisées pour satisfaire des intérêts particuliers, elles cessent d’être au service des citoyens. Elles deviennent des arènes où se négocient des positions, des privilèges et des équilibres politiques précaires. Dans ce contexte, les préoccupations des habitants de la Tshopo — développement, sécurité, infrastructures, services sociaux — disparaissent du radar institutionnel.
C’est précisément ce glissement que dénonçait le président de la République. Et pour cause : un contrôle parlementaire dévoyé produit des effets délétères à plusieurs niveaux. Il fragilise l’Exécutif, en l’empêchant de se projeter dans des politiques publiques de moyen et long terme.
Il décourage les investisseurs, confrontés à une instabilité chronique. Il alimente enfin une crise de confiance des citoyens envers leurs représentants, perçus comme davantage préoccupés par leurs intérêts que par ceux de la collectivité.
La situation de la Tshopo illustre ainsi une pathologie institutionnelle plus large, où le formalisme démocratique masque des pratiques de marchandage politique. Le contrôle parlementaire y est « travesti », pour reprendre une formule désormais consacrée, en instrument de pression et de transaction. Ce n’est plus un outil de transparence, mais un moyen de coercition.
Face à cette réalité, plusieurs exigences s’imposent. D’abord, un retour strict au respect des procédures parlementaires. Le fonctionnement des institutions ne peut être soumis aux humeurs ou aux stratégies individuelles. Ensuite, une clarification des responsabilités politiques : les acteurs qui détournent les mécanismes démocratiques doivent être identifiés et tenus pour responsables de leurs actes. Enfin, une vigilance accrue des instances nationales, afin de prévenir la banalisation de telles pratiques dans les provinces.
Car au-delà du cas de la Tshopo, c’est la crédibilité même de la décentralisation qui est en jeu. Si les assemblées provinciales deviennent des centres de chantage politique, la promesse d’une gouvernance de proximité se transforme en illusion. Et la démocratie locale, censée rapprocher les citoyens du pouvoir, se mue en théâtre d’intrigues éloignées de leurs préoccupations.
En définitive, les mots du chef de l’État prennent ici tout leur sens. Ils ne relèvent pas d’une simple rhétorique institutionnelle, mais d’un avertissement clair : la démocratie ne saurait prospérer dans un environnement où ses mécanismes sont détournés. À la Tshopo, le signal est au rouge. Et il appartient désormais aux acteurs politiques de choisir entre la restauration de l’éthique publique et la poursuite d’un jeu dangereux, dont les premières victimes restent, comme toujours, les citoyens.
VBM
Rédaction
+243852402006
